AUJOURD’HUI JE FAIS TOMBER UNE PIÈCE PAR TERRE ALORS QUE JE PORTE UN SAC TRÈS LOURD.

Voilà : il faisait très chaud. Et puis je portais des vêtements trop chauds. Ça ne se fait pas. Ça devrait être interdit dans la mode, même. Je transpirais. Je puais. Mes cheveux me grattaient. Je voulais me mettre tout nu. Dans une main, j’avais un sac de livres. Pourquoi j’avais encore acheté des livres ? Ah non, je les avais trouvés dans une poubelle. C’étaient des livres de bibliothèque, d’une bibliothèque dans le Var (83) à qui ils ne seraient jamais rendus, puisqu’ils étaient dans la poubelle et que maintenant ils étaient dans mon sac.
Dans l’autre, j’avais une sacoche. Oui, j’ai une occupation à part fouiller les poubelles et les bennes à ordures.
Quand soudain, soudain, quelque chose. Par un jeu du hasard, une pièce est tombée de ma poche. Ou alors de ma tête. Ou de mes genoux. Elle est tombée de quelque part et ce quelque part était en moi. C’était une pièce de 5 centimes. Elle était là, entre mes jambes. 5 centimes. Je me suis demandé : me baisser, ou ne pas me baisser ?
Soudain, un mendiant est entré dans la rame. Trois enfants en bas âge, pas de boulot. Charité, etc. Je regardais ma pièce de 5 centimes. Qu’est-ce que je devais faire ? Si je ne me baissais pas, c’est que je méprisais cette pièce. Or c’est quelque chose, 5 centimes. 1 + 1 + 1 + 1 + 1. Ça vaut cinq fois quelque chose. Et il y avait le mendiant qui approchait. Si je ne me baissais pas, je montrais que pour moi les pièces rouges n’avaient aucune importance, comme les gens du collège qui ne sont là que pour le peupler.
Et si je me baissais ? J’allais exhaler ma mauvaise odeur, empirer ma transpiration, devoir lâcher l’équilibre précaire construit par mon petit équipage. Pour 5 centimes, 5 pauvres centimes. Qu’est-ce que j’aurais pu en foutre ? Mais il n’y a pas de petites économies.
Je me suis baissé. J’ai donné les cinq centimes au mendiant (j’en ai rajouté cinquante).
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AUJOURD’HUI, CE N’EST PAS PARCE QUE JE PORTE UN JOGGING QUE JE DOIS FAIRE DU SPORT.

Elle me demande si je suis sain d’esprit.
Je lui réponds que j’ai lu Cioran.
Elle me dit, et alors ?
Je lui dis que je suis lucide.
Elle me demande de répondre.
Je lui réponds de comprendre.
Elle me demande, quoi comprendre ?
Je lui réponds, ce qu’elle veut.
Elle me dit qu’elle ne comprend rien, justement.
Je lui dis que je ne suis rien, justement.
Elle me dit qu’elle me croit fou.
Je lui réponds que oui, je suis sain d’esprit.
© Photo Gilbert Garcin
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AUJOURD’HUI JE SUIS PUBLIÉ AUX ÉDITIONS DE MINUIT

Parfaitement, parfaitement. Elles m’ont appelé ce matin-même. Car mon numéro de téléphone circule dans le milieu germanopratin, là où les numéros de téléphone font office de cartes Pokémon. Le mien vaut pour la carte Mew. C’est pas vrai, tu as son numéro ? – Oui, je te l’échange contre celui de Beigbeder. – Tu plaisantes, tout le monde l’a celui-là. Alors on m’appelle, comme ça. On me demande si je veux publier un roman. Si j’en ai même écrit un. Sinon, on s’arrangera. On trouvera. Mais on veut me publier. J’acquiesce mollement (le type qui en a vu d’autres).
Cependant ce serait mentir que de dire que je reste modeste. Tu es un imbécile, me dit ma mère quand elle se rend enfin compte que je ne sais pas faire marcher la machine à laver le linge. Oui, je lui réponds avec un brin de forfanterie. Mais je suis publié aux éditions de Minuit. Tu es laid, me dit mon boucher. Oui, mais je suis publié aux éditions de Minuit. Ça fera sept euros trente, me dit mon épicier. Oui, mais Minuit.
Il ne faut d’ailleurs même plus me brusquer pour que sorte avec panache ma nouvelle chapelle. Tu es beau, m’a ainsi dit ma boulangère. (En rougissant d’un rouge cuisant, j’ai achevé de dorer les torsades qui sans cela auraient paru bien pâlottes.) Oui, mais je suis publié aux éditions de Minuit. Quand le homard siffle dans la marmite ce qui semble sa dernière rengaine, je lui réponds avec un brin de mépris (celui, bien compréhensible, du survivant) : mais moi Minuit.
Au reste cette promotion sociale ne m’étonne pas. Figurez-vous que je me suis plié nuitamment à la rigoureuse discipline exigée par la maison. Chaque nuit, à minuit, écrire une minute, une seule minute, celle qui sépare minuit de minuit une, or minuit ressemble tant à minute que ce ne fut pas si difficile, certes, mais allez rédiger quelque chose de taille raisonnable en une minute par jour, et a fortiori par nuit ? J’aimerais bien vous y voir, donc allumez la lumière.
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AUJOURD’HUI C’EST MAINTENANT.

- Tu es heureux?
- Je ne m’étais jamais posé la question, donc oui. Maintenant j’ai un doute.
- Ne me remercie pas.
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AUJOURD’HUI JE SUIS UNE AUTRUCHE.
Vous savez, moi, je suis une autruche. Je n’ai jamais été de ces rhinocéros qui foncent dans la masse des problèmes et les piétinent jusqu’à ce qu’ils ne donnent plus signe de vie. Je ne suis pas non plus un singe, je ne me joue pas des angoisses qui se jouent de moi, je ne leur fais pas la grimace. Je ne suis pas un jaguar, assez agile pour me tenir éloignée des tracas, assez rapide pour qu’ils ne me rattrapent jamais. Moi j’attire les ennuis puis je m’enferme la tête dans le noir en espérant que tout finisse par disparaître.

Ok, je ne suis pas réellement une autruche… Je suis une fille de 25 ans qui utilise des images, parce que “lâche”, c’est pas gentil et “faible”… ben c’est encore pire. Mais chacun a les mots qu’il préfère, je ne vous en voudrais pas de les utiliser. J’accepterai vos accusations de démissionnisme et de couardise. Je ne me vexerai pas, je ne relèverai peut être même pas vos regards méprisants et vos moues dédaigneuses. Parce qu’aujourd’hui, c’est fini.
Les rayons du soleil sont venus caresser mes jambes d’autruche, pour me dire que le monde au-dessus de ce trou devait encore valoir la peine que je le vois de mes yeux à moi (oui, parce que du fond du trou où je cache ma tête, j’ai la télé et internet, alors je ne voyais pas bien l’urgence d’agir …).
Je suis donc sortie de mon trou (comprenez “de chez moi”), et j’ai pris le premier problème par ses cornes de taureau. Elles étaient plus grandes que je ne l’avais imaginé, et j’ai pris peur. Alors je dois vous avouer qu’une autruche, ça peut être agressif, mais c’est pas franchement costaud, surtout en face d’un rhinocéros, d’un guépard ou d’un éléphant ou d’un requin… et je suis partie et j’ai du demander qu’on me tienne la main pour oser y retourner…
Mais je suis sortie de chez moi! Je suis une autruche qui a décidé de ne plus faire l’autruche. Vous ne vous en rendez peut être pas compte, si vous appartenez à la race de rhinocéros, ou des singes, mais pour une autruche, ne plus faire l’autruche, c’est un exploit qui mérite standing ovation. Et puis ce qui fait le soldat n’est pas le nombre d’ennemis qu’il abat, mais sa présence volontaire sur le champ de bataille. Je choisis donc d’être fière de moi.
Ok, je vais peut être pas respecter le plan initial qui était de conquérir le monde, ni le plan B, qui était de me contenter de devenir riche. Mais j’ai peut-être trouvé du travail. Alors ça ira.
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AUJOURD’HUI IL Y A CETTE FILLE. JE VAIS TOMBER AMOUREUX. OU ALORS JE VAIS AVOIR PEUR. UN PEU.
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AUJOURD’HUI J’AI VOTÉ.

J’ai voté pour la France, pour les français, pour l’Europe aussi. J’ai voté pour la Justice, pour l’Egalité, de droit, de fait. J’ai voté pour voter, pour donner le ton, pour me faire plaisir, par civisme, par obligation. J’ai voté pour sauver le monde, et ne plus rater mon cheesecake.
J’ai voté parce que je n’en n’avais rien à faire, parce que je ne savais pas quoi dire. J’ai voté par abstention. J’ai voté pour mes idéaux, pour combattre ceux des autres. J’ai voté pour interdire les riches, et pour le devenir. J’ai voté pour mon pouvoir d’achat, mes cigarettes et ma couverture santé. J’ai voté pour tout, et surtout pour son contraire. J’ai voté pour la nouveauté mais, rassurez-vous, je ne compte rien changer.
J’ai voté pour la nouvelle collection Lanvin, pour Steve Jobs, pour le métier dont je rêve, pour arrêter celui qui me fait me lever. J’ai voté pour que mon ex me rappelle et me dise qu’il s’était trompé. J’ai voté pour que mon roman se vende, et surtout pour le commencer. J’ai voté pour de grandes idées, pour ne pas perdre ma place de parking. J’ai voté pour rester zen, pour ne plus faire la queue au supermarché.
J’ai voté pour Dieu, comme une prière à laquelle je ne crois même pas.
Finalement j’ai voté pour moi, alors que les autres ne pensent qu’à eux.
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AUJOURD’HUI TU ME MANQUES.

Tout le monde dit que je suis plus belle et plus heureuse. Tout le monde me dit que tu me tirais vers le bas, le fond, les profondeurs abyssales d’une personnalité qui n’était plus la mienne. Tout le monde le sait, je peux avoir n’importe qui, j’étais trop bien pour toi.
Tout le monde a raison. Je ne regrette ni les larmes, ni la peur d’être abandonnée. Je ne regrette ni tes excuses à coucher dehors pour avoir couché ailleurs, ni de n’avoir su te garder entre mes cuisses. Je ne regrette ni les nuits blanches ni les plans foireux, ni les histoires qui racontaient un homme trop compliqué pour être honnête, trop beau pour être fidèle, trop faux pour être vrai.
J’ai repris le contrôle, de mon coeur et de mon cul. Je papillonne. Je suis indestructible.
Pourtant…
Aujourd’hui, je me suis réveillée, ce morceau en tête, celui que j’écoutais quand tu prenais ta douche le premier. Il y avait ce garçon dans mon lit. Son odeur est la tienne et cette mélodie dans ma tête me dit que tu es toujours là. Sa peau n’est pas la tienne et ce matin, j’aurais voulu que ce soit toi. Ce matin, je me souviens qu’il est étranger et qu’il le restera, que celui d’hier aussi, et celui de demain encore.
Aujourd’hui, j’échangerais mes champions olympiques et mes acteurs hollywoodiens contre une seule de nos étreintes, même maladroite, même empressée, même gauche, même ratée.
Aujourd’hui, il veut rester prendre le petit déjeuner, et je voudrais sortir acheter le tien.
Aujourd’hui, je suis mieux sans toi.
Aujourd’hui, tu me manques.
Enculé.
- Posted 1 month ago
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AUJOURD’HUI JE SUIS 5 MINUTES.

Vous pouvez bien faire ce que vous voudrez, on ne retiendra que moi. Je suis ces 5 minutes qui resteront, les 5 minutes qui effacent les heures, les années voire une vie entière.
Je suis les 5 minutes de gloire volée, d’amour trompé, de haine télédiffusée, de sexe raté ou d’humiliation “à jamais”. Je transforme des carrières glorieuses en dérapage pervers, et des mandats honteux en héroisme vulgaire. Je suis les excuses quand vous croyez encore à ses promesses. Je suis le drame commun jugé monstre de l’année. Je suis l’opinion, la masse, je suis un gros con. Vous ne serez plus que moi ou je serai tout vous.
Alors oui, faites de moi ce que vous voudrez, mais je finirai par me transformer. De succès en echecs et d’echecs en succès.
Je vous laisse 1 minute pour réfléchir aux 5 minutes que vous voudrez laisser.
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AUJOURD’HUI J’AIME UN NAZE.

Mon mec est génial? Non. Mon mec est ennui, fadeur, et satiété. Mais voila, pendant que certains soufflent d’exaspération en démarrant leur énième tour du monde en voilier, moi je m’extasie devant ce blaireau, qui décongèle comme personne mon risotto aux champignons noirs, assis nus sur une moquette un brin usée.
Le nul a cela d’excitant qu’en tant que prédisposé à l’ennui, la moindre extravagance lui confère le statut de demi Dieu. Quand j’entre dans le stade je ne m’attarde pas sur les meilleurs coureurs, mais plutôt sur ceux qui manient la chute avec brio. Non, il ne m’offre pas de roses, mais quand j’abuse de la vodka, il me fait vomir, me fout dans la douche, puis me couche pendant que moi, je l’insulte. Et le lendemain, surtout, il ne dit rien.
Alors quand il me dit que je suis génial, je prend peur, je cri à l’écorché, je nie le génie, je lui promet de tout faire pour que, lui aussi, se fasse grave chier.
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AUJOURD’HUI JE SUIS MILITANT.

Et croyez-moi, c’est pas du gâteau. On se fait recruter à grand renfort de promesses fallacieuses pour aller se coller les uns contre les autres dans le noir des salles surchauffées. La dernière fois que j’ai connu une telle promiscuité transpirante, c’était en boîte de nuit, mais au moins j’étais bourré. Ensuite on attend, toujours collés, dans nos t-shirts en coton estampillés made in Taiwan, de pouvoir militer tranquillement pour le produire français. Puis, quand notre bête de scène se produit, on se pousse et on se file des coups de coudes pour arriver jusqu’à elle et espérer toucher l’étoffe de son costume.
Inutile de dire qu’une fois cette attraction terminée, plus rien n’a grand intérêt. On écoute mollement le discours qu’on a déjà lu dans le livre de campagne écrit par un nègre en orientant légèrement notre corps de manière à trouver plus vite la sortie une fois le dernier mot lâché. En attendant, on crie de temps en temps pour encourager notre poulain.
Le satisfecit est encore plus délectable en plein air, où notre champion a bien souvent l’usage de décompter les touristes japonais dans ses fans. Ici, sous une petite bruine sympathique, nous l’observons gesticuler de loin sans jamais rien entendre de ce qui se dit, la véhémence de son discours étant emportée par le vent loin de nos oreilles. Doucement, quelques gorilles nous intiment de ne pas trop nous coller : les médias comptent les participants à la surface. Il faut, nous disent-ils, que vous puissiez tourner sur vous-même les bras tendus sans écharper personne. Nous voilà prévenus.
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AUJOURD’HUI JE SUIS STEVEN SPIELBERG ET BOB L’EPONGE DANS UNE BACKROOM.
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AUJOURD’HUI JE SUIS SOCRATE (ET ÇA M’EMMERDE)
Je sais que je ne sais rien et que je voudrais savoir autre chose.
Petite, je demandais à ma maman tout ce que je voulais savoir. Souvent, elle savait. Parfois, elle me disait qu’elle ne savait pas, mais que c’est facile, regarde, ouvre une encyclopédie, un dictionnaire, le Savoir n’est qu’une question d’outil. Parfois, elle me répondait qu’elle ne savait pas, que personne ne savait, qu’on ne pouvait pas vraiment savoir. Ca me révoltait. Mais je pensais qu’une fois devenue adulte, je saurai tout.
J’ai toujours des questions à poser et plus personne pour me répondre, ou me dire où chercher. Des points d’interrogations tournent dans ma tête, ils dansent, ils valsent, les maudits crochets, ils chantent, ils se moquent de mon incertitude et de leur poids sur ma poitrine.

Comment on sait ce qu’on doit faire comme métier ? Est-ce que le plus important c’est de gagner beaucoup d’argent ou d’aimer ce qu’on fait ? Est-ce que rester fauché pour faire ce qu’on aime c’est être une dilettante ? Une fainéante ? Est-ce que faire quelque chose qu’on n’aime pas pour gagner de l’argent c’est se prostituer ? Vendre son âme ? Renoncer ?
Comment on sait quand on est amoureux ? Est-ce que je suis amoureuse ? Je crois que je suis toujours amoureuse. Mais de qui suis-je vraiment amoureuse ? De celui qui est parti ou de celui qui n’est jamais vraiment venu ? Peut être que c’est de celui que je ne connais presque pas. Peut-on être amoureux de quelqu’un qu’on ne connaît presque pas ? N’est-ce pas la meilleure façon d’être amoureux ? La seule ? Ai-je jamais été vraiment été amoureuse d’autre chose que de l’idée d’être amoureuse ?
Est-ce que j’ai raison de vivre comme si j’aurai toujours mon âge ? Est-ce que l’âge est vraiment dans la tête ? Parce que je commence à le voir sur ma tête, aux coins de mes yeux. Est-ce que c’est vraiment sexy, comme me le disent les garçons qui me voient grimacer devant le miroir ? Est-ce que c’est tue-l’amour, comme semblent le penser tous les hommes depuis aussi loin que remonte la première lettre d’amour ?
A quoi ressemblait la première lettre d’amour ? “Chérie, j’ai trucidé le mammouth pour toi, range ta grotte, je te ramène à bouffer pour les 50 prochaines lunes” ?
Est-ce qu’un jour je me reprocherai ces années de légèreté ? Ou est-ce que je garderai le souvenir de ces années comme le trésor de ma vie, la seule bonne raison d’être née, la seule façon d’accepter l’issue fatale, “au moins, j’aurai kiffé ma race” ?
Est-ce que je dois essayer de le rappeler ? Serait-ce si grave de paraître un peu désespérée ? D’essuyer un dernier râteau de sa part ? S’il acceptait de me revoir serait-ce parce qu’il en a envie ou parce que je le lui aurai demandé ? Pourquoi est ce qu’il ne rappelle pas ? Pourquoi il ne m’a jamais rappelée ? Qu’y a-t-il de pas rappelable chez moi ?
Est-ce que je dois consacrer mon énergie à la recherche de celui qui me regardera dans les rides jusqu’à ce que la mort ou une amie de l’âge de notre fille nous sépare ? Est-ce que je vais mourir seule ? Est-ce que ça a la moindre importance ?
Est-ce qu’un jour j’enlèverai l’interrogation du point ?
Je sais que je ne sais pas, et que ça m’emmerde.
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AUJOURD’HUI JE SUIS UN KLEENEX

Et je commence à en avoir marre.
Je vois dans les yeux de mes utilisateurs, qui me sortent souvent avec empressement, juste avant d’eternuer, ou lassés des reniflements. Je les vois, contents de me trouver, soulagés, moins une…
Je leur permets de garder la face en société, je sauve les premiers rendez-vous, j’empêche les repas d’affaires de tourner à la catastrophe et les discours politiques de se retrouver sur Youtube. Je suis un élément élémentaire d’hygiène. Je suis une invention géniale.
Et pourtant, sans la moindre honte, sans l’ombre d’un scrupule, on me jette une fois utilisé. Moi si utile, moi indispensable, je suis relayé au même container que les couches sales, les épluchures de carottes et les cotons démaquillants.
Un jour, peut-être, je me vengerai. Je craquerai entre les doigts de chacun d’entre vous. Et du fond de votre gouffre, dans votre terrassante douleur, vous vous souviendrez de l’époque où moi, au moins, j’étais fiable. vous comprendrez que dans votre malchance, vous étiez chanceux de m’avoir.
Un jour, on ne me jettera plus sans y réfléchir à deux fois.
- Posted 2 months ago
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AUJOURD’HUI JE SUIS SCHIZOPHRÈNE (MAIS JE VOUS SOIGNE)
Je m’appelle Xavier, et je suis une soupe de petits pois à la menthe.
Toute ma vie j’ai rêvé de porter le lait à ébullition. Ce n’est pas une mince affaire, on y travaille d’arrache-pied, puis un beau jour on arrête le feu et on ajoute le sucre et la menthe. J’ai prié aussi, longtemps, je voulais être comme eux, couvrant et laissant infuser une vingtaine de minutes.
Aujourd’hui tout est différent, je porte à ébullition le bouillon de volaille, et dois tout à ma mère, qui a su y introduire les petits pois encore congelés. Mais arrêtons de nous mentir et une fois que l’ébullition reprend, laissons cuire 2 min, puis retirons du feu.

Je me regarde souvent dans la glace. Ce jour-là j’ai ajouté la crème fraîche et mixé le tout, puis je l’ai insultée et elle ne m’a pas répondu, elle ne m’a plus jamais repondu, alors j’ai goûté et rectifié l’assaisonnement.
Je n’ai pas realisé tout de suite, il fallait retirer les feuilles de menthe et remettre le lait à chauffer, sans faire bouillir. Mais j’étais déjà hors de contrôle, elle ne pouvait plus rien. La violence du choc m’a fait reprendre conscience, j’ai utilisé un mixeur à tête pour faire la mousse, personne ne remarquera rien, puis j’ai versé la soupe dans de petits bols, et enfin nettoyé le sang.
Je ne vous demande pas de comprendre ou de me pardonner, mais simplement de compléter avec la mousse de lait. Bon appétit.
Avec www.jveuxetrebonne.com
- Posted 2 months ago
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